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LA HAUTE SAÔNE ET SES BEAUX VILLAGES

RAY SUR SAÔNE.5-LE GIBET DES SIRES DE RAY

15 Janvier 2016, 09:52am

Publié par Patrick Mathie

1.Dessin Patrick Mathie: le gibet tel qu'on peut l'imaginer. 2.Emplacement du Gibet de Ray défini par Marylise Barbier et Hervé Mouillebouche. ;1.Dessin Patrick Mathie: le gibet tel qu'on peut l'imaginer. 2.Emplacement du Gibet de Ray défini par Marylise Barbier et Hervé Mouillebouche. ;

1.Dessin Patrick Mathie: le gibet tel qu'on peut l'imaginer. 2.Emplacement du Gibet de Ray défini par Marylise Barbier et Hervé Mouillebouche. ;

A quelques centaines de mètres au Sud ouest du Château, dans une pâture, en bordure de la route qui relie Tincey au village de Ray, on peut voir un mouvement de terrain artificiel encadré par des arbres... c'est là que s'élevait au Moyen Âge les "fourches patibulaires " ou "gibet" des sires de Ray.

Le cadastre napoléonien tendrait à confirmer cette indication donnée par Marylise Barbier et Hervé Mouillebouche dans leur étude " La justice de Ray sur Saône à la fin du Moyen Âge" éditée par BREOPOLS .

C'est ce document rédigé par des érudits qui est condensé dans la présente page du blog...

Extraits du cadastre napoléonien avec la toponymie des "fourches".
Extraits du cadastre napoléonien avec la toponymie des "fourches".

Extraits du cadastre napoléonien avec la toponymie des "fourches".

Plan du Bourg de Ray ( château) de Ray la ville ( village actuel) et des fourches patibulaires.MB/HM

Plan du Bourg de Ray ( château) de Ray la ville ( village actuel) et des fourches patibulaires.MB/HM

C'est aux environs de 1237 qu'Etienne II de Bourgogne achète le château de Ray ".Il y installe immédiatement un jeune chevalier plein d'avenir: Othon de la Roche, futur Duc d'Athènes ... Othon est le fils cadet d'une puissante famille de châtelains. S'il n'a pas construit lui même le château, il l'a vraisemblablement fortifié. Avec cette forteresse, avec l'arrivée de cette puissante famille, Ray émerge enfin en tant que lieu de pouvoir dans l'histoire de la Franche Comté."
"Aujourd'hui Ray est donc un minuscule village au pied d'un énorme château du XVIII ème siècle. Mais, à la fin du Moyen Âge, c'était une petite ville prospère, isolée, peuplée de nouveaux riches et de nouveaux venus, et la justice seigneuriale avait fort à faire pour y maintenir la paix et la tranquillité".
Archives judiciaires du château de Ray ( ici "jours" de 1557 à 1558) étudiées par les auteurs. ADHS.

Archives judiciaires du château de Ray ( ici "jours" de 1557 à 1558) étudiées par les auteurs. ADHS.

Un sergent introduit des manants qui viennent payer l'impôt au Seigneur. En réalité l'impôt seigneurial était payé "en nature" avec une part des récoltes, du cheptel ou du bois. Enluminure du XVème siècle.
Un sergent introduit des manants qui viennent payer l'impôt au Seigneur. En réalité l'impôt seigneurial était payé "en nature" avec une part des récoltes, du cheptel ou du bois. Enluminure du XVème siècle.
"Les registres de justice sont notre principale source pour étudier les pratiques judiciaires de Ray sur Saône."
" On pourrait caractériser la justice par trois termes: proximité, efficacité, omniprésence. Elle est administrée par deux instances qui pratiquent sur le même cadre territorial de la baronnie: le prévôt, chargé des amendes et des taxes seigneuriales, et le bailli, plus spécialisé dans la moyenne et la haute justice...le seigneur a droit de justice sur tous les habitant de la baronnie de Ray sur tous les habitants quelle que soit leur condition: manants, membre du chapitre collégial, nobles, officiers seigneriaux et étrangers".

En 1510 un moine de l'abbaye voisine de la Charité est accusé de braconnage :" Jacques Cumyn, demandeur contre frère Estienne de Fretigney religieux de la Charitey defendeur... au fait d'avoir hayet es bois de monseigneur ou lieu dans le bois de la Vaivre de Ferrières et y avoir tendu corde à pandre bestes saulvaiges rière et soubz la seignorie haulte moyenne et basse de mondit seigneur puis quinze jours jours ença sans congé et licence de mondit seigneur, concluant pour ce a dix livres estevenans" Ray 74 registre 1510-1512.

"Les châtelains de Ray avec donc une certaine tendance à favoriser une justice du tout répressif, ce qui offrait le double avantage d'amener un certain calme dans la ville et d'enrichir les fiances seigneriales du fruit des amendes; Aussi,une certaine pression est exercée par les officiers: les sujets sont encadrés de près par un certain nombre de sergents ( chargé de signifier des actes de procédure et de faire exécuter les actes de justice) , messiers ( garde champêtre surveillant des moissons), gruyers ( officier public chargé des forêts) et autres vouhiers ( ou voyer: officier chargé de la police des chemins et des rues) présents dans tous les villages de la baronnie pour surveiller étroitement les infractions et troubles de l'ordre en tous genre. Dans un bourg comprenant 75 familles on compte une dizaine de ces personnels! ...ces derniers pouvaient à l'occasion se retrouver parmi les justiciables, comme ce pauvre sergent Jean Sarret pris en flagrant délit de marauder des chênes dans les bois seigneuriaux:

" Clement Morel charreton demeurant au château dudit Ray...par serment depose que trois mois ença en passant et charroyant du bois en la voye de Tincey, veu le dit defendeur et le sergent Jehan Sarret qui clauppoyent des bauches de bois de chaisne vif abattu pour l'ostel de mondit seigneur" Ray 74 jours1510-1512.ADHS.

RAY SUR SAÔNE.5-LE GIBET DES SIRES DE RAY

La Haute Justice: prison,châtiments et pendaison !

"L'emprisonnement immédiat est monnaie courante. Mais cet emprisonnement est toujours une mesure conservatoire dans l'attente d'un jugement, du versement de l'amende ou d'un châtiment corporel, et non une peine en soi. Dans les cas graves où il est question d'un choc violent le coupable est immédiatement envoyé au cachot ".

En 1557:" Ledit procureur demandeur en matiere de crime et delict contre Pierrot filz de Claude Longin de Pontrebault deffendeur adjourné a comparoir en personne a peine de soixante solz par Perrento Real sergent, au faist d'avoir puis le le premier jour de juing derriere passé oultraigié baptu et blesser Nicolas Longin dudit Pontrebault de grans coups portés d'une grande perche d'une telle force et reddeur que ladite perche se rompeut en deux".

On peut assister, aussi, à des emprisonnements pour des faits moins graves, vol de lard, utilisation d'une fausse mesure:

Vers 1520: " Un nommé Bartholomy pour l'arrect que l'on disoit qu'il avoit commis en ladite grange de de Lyennis comme graine et lard et aultres choses, il fut prins et mené prionnier au chasteaul dudit Ray, lequel depuis se sauva et eschapa de ladite prison".

En 1529: un habitant de Ray est accusé d'avoir " user de faulce mesure au jour de feste Sainct Martin d'iver dernière passée foire dudit Ray en vendant icelle en detal".

Le coupable de 1529, emprisonné, n'écopera que d'une amende courante de 60 sous, assortie d'un avertissement. Cet aspect est particulièrement révélateur de la place prépondérante tenue par les intérêts financiers".
Justice seigneuriale. miniature du XVème siècle.

Justice seigneuriale. miniature du XVème siècle.

Les châtiments corporels

La mise au pilori et la flagellation sont les principaux châtiments infligés aux coupables de délits importants ou de crimes.

L'exposition du condamné au pilori peut être de quelques heures ou de quelques jours. Les passants ne manquent pas de lui adresser des quolibets, des insultes ou des coups !

Le pilori, enluminure du Moyen Âge

Le pilori, enluminure du Moyen Âge

La flagellation précède souvent le bannissement de la communauté et des terres seigneuriales. "Ainsi les jours du 5 mai 1588 relatent le cas d'un homme fustigé pour une raison qui n'est malheureusement pas précisée:

"l'on condempne iceluy deffendeur a estre ce jourd'huy baptu et fustigé de verges par le maître exécuteur de haute justice, des la halle de ce lieu tyrant contre la maladiere par le grand chemin jusques au signe patibulaire de cedit lieu ".

RAY SUR SAÔNE.5-LE GIBET DES SIRES DE RAY

Les exécutions capitales

D'après le terrier de 1460 la châtellenie est dotée

" d'unes haulte fourches élevée à quatre coulennes, à frestre et à pommeaulx, assis et située de toute ancienneté sur le grand chemein du treulle qui tire dès mon chastel de Ray à Recolaigne".

Le dénombrement de 1554 précise également

" qu'on ne peut approcher ledit signe de haute justice de 20 pieds au moins".

Cet interdit qui était peut être lié à la crainte de pratiques maléfiques, était sans doute matérialisé par une clôture au sol.
Le gibet à 4 pinacles de Ray ( interprétation) . Gibet à enclos  de Semur en Auxois en 1575. Le célèbre gibet de Montfaucon sur lequel on pouvait pendre une cinquantaine de condamnés chaque jour.
Le gibet à 4 pinacles de Ray ( interprétation) . Gibet à enclos  de Semur en Auxois en 1575. Le célèbre gibet de Montfaucon sur lequel on pouvait pendre une cinquantaine de condamnés chaque jour.
Le gibet à 4 pinacles de Ray ( interprétation) . Gibet à enclos  de Semur en Auxois en 1575. Le célèbre gibet de Montfaucon sur lequel on pouvait pendre une cinquantaine de condamnés chaque jour.
Le gibet à 4 pinacles de Ray ( interprétation) . Gibet à enclos  de Semur en Auxois en 1575. Le célèbre gibet de Montfaucon sur lequel on pouvait pendre une cinquantaine de condamnés chaque jour.

Le gibet à 4 pinacles de Ray ( interprétation) . Gibet à enclos de Semur en Auxois en 1575. Le célèbre gibet de Montfaucon sur lequel on pouvait pendre une cinquantaine de condamnés chaque jour.

Deux exécutions capitales apparaissent sur la période, concentrées sur la première moitié du XVI ème siècle. Elles sont connues par des témoignages postérieurs.Les registres qui devaient contenir le procès de ces châtiments ayant disparu on ne connaît pas les causes de ces châtiments.
En 1560, mention est faite d'une exécution qui a probablement eu lieu vers 1520:

"ung nommé André fust cndampné a estre pendu et estranglé par le bailly dudit Ray...suivant laquelle sentence icelluy fust pendu et deposant veit comparoir a icelle execution".

Dans la même enquête, un deuxième témoin fait état de deux exécutions survenue entre 1500 et 1560:

" l'une desquelles exécutions fust faicte il y a environ vingt huict ou trente ans que ung nommé Andrian fut candampté... lequel Adrian suyvant la condamnation d'icelluy bailly fust pendu et estrangler au signe patibulaire dudit Ray, et un aultre de Rigney duquel il ne sait le nom que fust condampté a estre semblablement pendu".

L'un des témoins "Honorable homme Claude Robelin, d'aige d'environ soixante et dix ans, souvenant de bonne souvenance se souvient d'avoir vu un corps pendu aux fourches a cause de ce que des passeraulx faisoient leur ny dedans sa bouche" !!!

RAY SUR SAÔNE.5-LE GIBET DES SIRES DE RAY
Le relèvement des fourches patibulaires
Les fourches patibulaires ( gibet) affirment l'Autorité du Seigneur et son droit de Haute Justice sur ses sujets. Elles font l'objet d'un contrôle minutieux. Périodiquement elles doivent être "relevées" c'est à dire reconstruites à neuf. La population doit participer à ce relèvement avec outils et armes, de même qu'elle devra être présente en armes lors de chaque exécution capitale car symboliquement, chacun participe à la mise à mort.
Le premier relèvement des fourches a lieu en 1478 puis en 1496, le 16 mai. "Mais certains sont venus avec un armement insuffisant, d'autres sans les haches et serpes demandées. Les contreveants sont condamnés à 60 sous d'amende. En 1515 à nouveau on convoque tous les habitants pour

" eriger et dresser le signe patibulaire cheu par terre puis huit mois";

ce qui donne lieu à l'établissement d'un rôle pour inscrire les 73 habitants de Ray qui s'y sont rendus.

reconstitution des colonnes de justice. Commune de Plourin, Pays d'Iroise, Bretagne. Piliers de justice à Nîmes, Draguignan, Château de Kerjean.
reconstitution des colonnes de justice. Commune de Plourin, Pays d'Iroise, Bretagne. Piliers de justice à Nîmes, Draguignan, Château de Kerjean.
reconstitution des colonnes de justice. Commune de Plourin, Pays d'Iroise, Bretagne. Piliers de justice à Nîmes, Draguignan, Château de Kerjean.
reconstitution des colonnes de justice. Commune de Plourin, Pays d'Iroise, Bretagne. Piliers de justice à Nîmes, Draguignan, Château de Kerjean.

reconstitution des colonnes de justice. Commune de Plourin, Pays d'Iroise, Bretagne. Piliers de justice à Nîmes, Draguignan, Château de Kerjean.

Les symboles

"Le château est un lieu d'enferment et d'isolement, le signe ( les fourches) un lieu d'exhibition et de réunion. Le château, inaltérable et pérenne, signifie la continuité, l'identité des seigneurs successifs. Les fourches, régulièrement délabrées, régulièrement relevées, montrent au contraire le cycle des générations."

d'après

Marylise Barbier

et

Hervé Mouillebouche

Patrick Mathie 2016

1.Tour médiéval du château de Ray . 2.Le "signe" à l'arrière du château, visible par les passants.1.Tour médiéval du château de Ray . 2.Le "signe" à l'arrière du château, visible par les passants.

1.Tour médiéval du château de Ray . 2.Le "signe" à l'arrière du château, visible par les passants.

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