Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LA HAUTE SAÔNE ET SES BEAUX VILLAGES

RAY SUR SAÔNE. 6- LE CHÂTEAU MEDIEVAL

20 Janvier 2016, 11:03am

Publié par Patrick Mathie

La tour dite "d'Amour" du château de Ray. Cliché P.MATHIE
La tour dite "d'Amour" du château de Ray. Cliché P.MATHIE
Les informations de cette rubrique proviennent principalement de trois sources:
  1. Historique du Château de Ray, par le Comte de Salverte 1936.
  2. Chevauchées des Sires de Ray, par Jacques Attalin..Amicale de Lavoncourt. 2010.
  3. La justice de Ray sur Saône à la fin du Moyen Âge, par Marylise Barbier et Hervé Mouillebouche. Brepols Publishers 2011.

​1 Un château dont l'apogée séculière se situe vers 1400.

"Au début du XI ème siècle, il n’y a pas de château à Ray.
C’est un Eudes de Ray qui, en 1172 , rédige son testament en faveur de l’abbaye cistercienne de La Charité et lui donne les moulins situés « sous le château de Ray » . Toujours en 1172 Etienne II de Bourgogne comte d’Auxonne achète au chapitre de Chalon le château de Ray ( castrum quod dicitur Rayz) pour une obole d’or par an , avec promesse de ne pas le revendre.
On ne sait qui a pu faire édifier le château avant 1172, et comment cette seigneurie s’est retrouvée dans le patrimoine des chanoines de Châlon.
Comme on l’a vu plus haut c’est Etienne II de Bourgogne qui « installe » Othon de la Roche . Ce dernier se pare immédiatement du titre de « dominus de Ray », notamment dans une donation non datée à l’abbaye de Theuley.
Jean II de Ray devient l’homme de confiance des Valois. Philippe le Hardi devenu duc de Bourgogne en 1364 et comte de Bourgogne en 1382, le nomme gardient de la Comté de 1368 à 1391. La famille de Ray atteint son apogée et peut imposer sa puissance aux plus grands barons du pays...
1-Blason des sires de Ray. 2-Poterne du château (cliché Tripadvisor)
1-Blason des sires de Ray. 2-Poterne du château (cliché Tripadvisor)

1-Blason des sires de Ray. 2-Poterne du château (cliché Tripadvisor)

...le château est constitué de plusieurs logis en U bâtis au XVIIIème siècle dans l’angle sud et d’une vaste enceinte. Le logis est flanqué au nord est par une tour dite « tour neuve » depuis sa reconstruction au XVI° siècle, et au sud ouest par une tour dite « tour d’Amour » qui pourrait être un vestige du château médiéval. …
De l’enceinte, il subsiste d’importantes dénivellations au sud, une porte avec traces de herse au sud-ouest et une tour au nord de cette porte. Il reste donc très peu de vestiges médiévaux, mais la disposition générale du site suggère l’existence d’une vaste enceinte, susceptible d’avoir accueilli tout un village (le Bourg). Or, d’après le terrier de 1462, le bourg de Ray n’occupe plus la cour du château, mais il s’étend immédiatement au sud de l’enceinte ( Ray, la Ville). " MB/HM
1- Plan du Château médiéval par Marylise Barbier Roussel ( Haute Saône Salsa n°64) 2- Panneau explicatif enceinte du château. 3- Plan du château actuel et des parties médiévales. Poterne vue de l'intérieur de la cour du château ( cliché P.Mathie)
1- Plan du Château médiéval par Marylise Barbier Roussel ( Haute Saône Salsa n°64) 2- Panneau explicatif enceinte du château. 3- Plan du château actuel et des parties médiévales. Poterne vue de l'intérieur de la cour du château ( cliché P.Mathie)
1- Plan du Château médiéval par Marylise Barbier Roussel ( Haute Saône Salsa n°64) 2- Panneau explicatif enceinte du château. 3- Plan du château actuel et des parties médiévales. Poterne vue de l'intérieur de la cour du château ( cliché P.Mathie)
1- Plan du Château médiéval par Marylise Barbier Roussel ( Haute Saône Salsa n°64) 2- Panneau explicatif enceinte du château. 3- Plan du château actuel et des parties médiévales. Poterne vue de l'intérieur de la cour du château ( cliché P.Mathie)

1- Plan du Château médiéval par Marylise Barbier Roussel ( Haute Saône Salsa n°64) 2- Panneau explicatif enceinte du château. 3- Plan du château actuel et des parties médiévales. Poterne vue de l'intérieur de la cour du château ( cliché P.Mathie)

2 Le château pendant la guerre de 30 ans

"L’ancien château féodal qui avait été restauré par le duc d’Athènes subit de nombreux assauts durant tout le Moyen Âge. Il cmprenait alors 14 tours ( 8, selon Jacques Attalin) et formait une enceinte d’environ 5 hectares .
Au centre, face à la Saône, s’élevait un donjon imposant ; il était construit sur un puits d’une grande profondeur ( 50m), qui garantissait l’approvisionnement d’eau en cas de siège à la population venue s’abriter sous ses murs.
Il résista tour à tour aux Anglais, aux grandes compagnies, aux armées de Louis XI roi de France, aux armées luthériennes ; enfin il dut se rendre aux français, ou plutôt aux mercenaires suédois commandés par le Duc Bernard de Saxe Weimar en juin 1637. Le bilan de la bataille fut de 800 tués, 1500 prisonniers,16 étendards, deux mille chevaux et une quantité d’approvisionnement. La forteresse de Ray, jusque là inviolée, dut ouvrir ses portes au vainqueur."

Comte de Salverte

Cette guerre, qui dura en fait 10 ans en Franche Comté de 1635 à 1644, fut terrible pour les populations de la Comté en raison des exactions des suédois, des français et de la famine.

Voici ce qu’en dit Girardot de Nozeroy dans son ” Histoire de Dix ans de la Franche Comté de Bourgogne:

Les livres sacrez racontent avec larmes les tristes afflictions du peuple Juif : Joseph narre la famine qui fut à Jérusalem durant son siège où les meres mangerent leurs propres enfans : le siege de Paris soub Henri IV a quelque chose d’approchant, mais (sans rien encherir) la famine de nostre Bourgougne en cette année 1638 a passé par dessus tout cela incomparablement.

La postérité ne le croira pas, les riches qui possedoient force chevances et avoient eu au commencement des espargnes, estoient espuisez, les pauvres paysans estoient retirez dans les villes sans labeur ny employ, le bled (blé) rare partout se vendoit à prix desmesuré : on vivoit des herbes des jardins et de celles des champs : les charognes des bestes mortes estoient recherchées aux voiries, mais cette table ne demeura pas long temps mise : on tenoit les portes des villes fermées pour ne se veoir accablez du nombre des gens affamez qui s’y venoient rendre, et hors des portes les chemins demie lieüe loing estoient pavez de gens haves et deffaictz, la plus part estenduz de foiblesse et se mourant : dans les villes les chiens et les chats estoient morceaux délicats, puis les rats estans en regne furent de requise, j’ay veu moy-mesme des gens bien couverts relever par les rües des rats morts jettez par les fenestres des maisons et les cacher pour les manger.

En fin on vint à la chair humaine, premièrement dans l’armée où les soldats estans occis servoient de pasture aux autres qui couppoient les parties plus charnues des corps morts pour bouillir ou rostir, et hors du camp faisoient picorée de chair humaine pour manger : on descouvrit dans les villages des meurtres d’enfans faicts par leurs meres pour se garder de mourir et des freres par leurs freres, et la face des villes estoit partout la face de la mort “.

source:http://www.bresse-revermont.fr/

1-Tableau:Episode de la guerre de trente ans ( Sotheby's.London). 2- Duc Bernard de Saxe Weimar.
1-Tableau:Episode de la guerre de trente ans ( Sotheby's.London). 2- Duc Bernard de Saxe Weimar.

1-Tableau:Episode de la guerre de trente ans ( Sotheby's.London). 2- Duc Bernard de Saxe Weimar.

Le cardinal de Richelieu présente le peintre Nicolas Poussin au Roi LouisXIII et à la reine.

Le cardinal de Richelieu présente le peintre Nicolas Poussin au Roi LouisXIII et à la reine.

Misères de la guerre.Pillage dessin de Jacques Callot.
Misères de la guerre.Pillage dessin de Jacques Callot.
Narration de la prise du château de Ray et des villages alentours.
Louis XIII et le cardinal de Richelieu en visite à Ray ?

" Le général Weimar, allié des français, avait donné rendez vous à ses troupes à Dampierre sur Salon le 13 juin 1636. Le 19 juin, Champlitte était assiégé par 8 000 hommes de pied, 5 000 chevaux et 19 pièces de canon. Il lui fallu payer 30 000 écus et donner en otage 6 de ses bourgeois pour échapper à la destruction. Les troupes de Weimar se séparèrent à Membrey.

Les français pillèrent, brûlèrent et massacrèrent les habitants de Lavoncourt, deux ou trois réussirent à s’échapper pour se réfugier dans les carrières alentours Du château fort de Lavoncourt, construit sur les bords de la Gourgeonne par Henri de Vergy, il ne reste aujourd’hui plus rien qu’un amas de pierres recouvert de terre formant une élévation d’environ cinq mètres appelée la Motte. Le second groupe tenta de forcer le gué de Savoyeux, défendu par les dragons de Mercy qui avait rangé ses troupes près de Ferrières les Ray.

C’est à Recologne que Weimar passa la Saône, Mercy fut mis en déroute après 4 batailles acharnées. 1 800 chevaux étaient tombés au combat, 1 000 prisonniers furent faits.

Peu après, la courtine du château de Ray se trouva transpercée par 50 volées de canon. Grancey investit alors le château, puis voulant rejoindre Morey il essuie une attaque à Vanne, combat particulièrement vigoureux.

Le baron de Scey, prince de Bauffremont, gouverneur de Franche Comté est battu le 19 septembre. Il se dit que dans ce dernier combat, l’action fut particulièrement meurtrière près de Pontrebeau dans le bois le séparant de Ray et autour dans la dépression de terrain qui entoure les fressoirs. De la viendrait la dénomination de « voye des morts » que portait le chemin de Pontrebeau depuis le fressoir (où on menait les porcs à la glandée) à l’entrée du bois de Ray.

Le maréchal de Grancey fit garnison au château de Ray. Claude François de Mérode, baron de Ray avait fui à Bâle, alors ville libre et cœur politique de l’Europe. Cette guerre dévastatrice et la peste et la famine qui l’accompagnèrent décima la population qui eu du mal à s’en relever. De 1645 à 1656 il n’y a que 24 naissances dans la seigneurie de Ray. 14 concernent Ray, 4 Ferrière, 1 Pontrebeau, 2 Mont-Saint-Léger, 1 Queutrey, 2 Charentenay, aucune pour Recologne ni pour Tincey.

Ces naissances proviennent des personnes ayant trouvé refuge dans l’enceinte fortifiée du château. Le château de Ray comptait 600 réfugiés en l’an 1638. Les villages alentours étaient quasi déserts. On dit qu’à Ferrière il ne restait qu’un habitant : un membre de la vieille famille Bedin...

...Si on regarde les dénombrements d’habitants de 1654 et 1657, faits presque 20 ans après la guerre,on constate que certains des villages n’ont pas repris entièrement vie et que les familles se sont déplacées probablement en fonction des habitations non totalement détruites qui pouvaient les accueillir et surtout quand on compare les listes des habitants par rapport aux dénombrements antérieurs à la guerre de 10 ans, bon nombre de noms ont totalement disparus.

Des familles entières ont été décimées et un certain nombre de personnes n’est pas revenu de l’exil où les avaient contraints les évènements. Le 7 février 1657 Il est noté pour Recologne : sont tous manants ou étrangers, sans y avoir un seul habitant Tincey compte 26 ménages soit 116 personnes, Theuley 16 ménage soit 83 personnes, Vanne 17 ménages (dont 8 étrangers) soit 62 personnes, Ray 14 ménages soit 44 personnes, Ferrière 16 ménages (dont 8 étrangers) soit 57 personnes, Membrey 37 ménages (dont 25 étrangers) soit 182 personnes, Brotte les Rays 10 ménages (dont 8 étrangers) soit 44 personnes, Lavoncourt 17 ménages (dont 9 étrangers). Pontrebeau comptait 6 familles, soit 21 personnes toutes étrangères.

Les « étrangers » étant soit des habitants venant d’autres villages, soit des familles venues de France, de Savoie, de Champagne ou d’ailleurs pour repeupler notre Comté dont la population avait été décimée lors de la guerre de 10 ans.

En dix années de guerre, de famine et de peste 60 % de la population avait tragiquement disparu. 30 000 « estrangers » sont ainsi venus. Il leur était nécessaire de produire une attestation de leurs origines, leur catholicité et bonnes mœurs délivrée par le curé ou l’échevin du lieu d’origine.

Cette victoire valut à Grancey, installé à Ray, la visite personnelle de Louis XIII et du cardinal ministre Richelieu.

Ray ne fut arraché aux français que l’année suivante en mai 1643.

Les troupes françaises se replièrent mais l’armistice intervint à Joux le 26 mars 1645 faisant suite à l’accord de 1644 entre Bourguignons et Comtois. Deux conquêtes françaises suivirent mais il semble que notre Comté avait épuisé ses forces et sa résistance lors de cette atroce guerre de 10 ans.

Il ne faudra que trois semaines à Louis XIV pour la seconde conquête qui se terminera en septembre 1678 par le traité de Nimègue qui annexa notre province à la France et fit de nous les français que nous sommes aujourd’hui."

Source:www.lavoncourt.fr/IMG/ LA GUERRE DE 10 ANS (1634-1644) A RAY SUR SAONE LAVONCOURT ET LES VILLAGES VOISINS.

Malheurs de la guerre. Pendaisons. Dessin de Jacques CALLOT

Malheurs de la guerre. Pendaisons. Dessin de Jacques CALLOT

Cliché: Alain MEY publié avec son autorisation sur OT Dampierre.

Cliché: Alain MEY publié avec son autorisation sur OT Dampierre.

Commenter cet article