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RAZE: château, fontaines et patouillets

Publié le par Patrick Mathie

L'automobiliste qui passe à Raze, venant de Noidans le Ferroux ou de Velle le Châtel, n'a pas trop le temps de s'intéresser au village, occupé qu'il est à surveiller sa route qui présente des coudes piégeux au niveau de la place centrale et de la bifurcation avec la route de Rosey. Il a tout juste les temps d'apercevoir la fontaine, l'église  et une tourelle de château dépassant des toits de tuiles rouges.

J'ai décidé d'y faire une halte et me suis stationné sur le parking situé à proximité de la boulangerie pâtisserie " Au coeur fondant" qui a trouvé sur l'ancienne place du chêne de la Liberté, en face du lavoir et du vieux pigeonnier reconverti, un emplacement commercial plus adapté.

Un bâti ancien

En montant la  Grande rue qui conduit à l'église, on peut découvrir, non loin de la maison commune une bâtisse ancienne:

 

 

Le linteau gravé porte des initiales, des étoiles, une sphère surmontée d'une croix et la date de 1603. C'est la période de la Régence sous Louis XIII. Le chambranle de la porte comprend des colonnes cannelées . Sur le côté, dans l'angle, on remarque une découpe en biseau: peut être l'emplacement d'une statue qui aurait été détruite?

Fenêtre à meneaux occultée, rue des Hannetons

 

Fenêtre à meneaux et descente de cave voûtée, rue du Levant.

Emergeant des toits des habitations on distingue le toit conique d'une tourelle: le château n'est pas loin! Effectivement on arrive à l'arrière de l'édifice qui ouvre sur la rue par une grille "de service".

 

La tourelle protège un escalier intérieur. Le grillage "moderne" contraste avec les ferronneries du portail.

Quelques mètres plus loin on découvre la façade du château avec ses balcons et sa grille principale. Un haut mur protège le parc arboré.

 

 

Les épis de faîtage ( ou poinçon) sont en métal ouvragé.

 

Au temps de la Révolution française un propriétaire terrien, seigneur de Raze, avocat au Parlement de Besançon et Lieutenant Général du baillage d'Amont se distingua comme élu du Tiers Etat aux Etas Généraux:

Claude François Roux de Raze

 

Claude François était né à Ronchaux près de Besançon le 20 juin 1758. Il décéda en 1834.

En 1773 une sentence rappelait les devoirs des habitants de Raze envers leur seigneur:

 

Le château nous ramène  aussi, au temps de Charles X, roi de France au sacre duquel se rendit  Pierre  Bressand de Raze qui fut maire du village, député et Président du Conseil Général  de la Haute Saône.

Pierre Bressand de Raze

 

Qui était il?

 

Agronome de formation, puis avocat il n'exerça pas cette profession, mais dit l'article, "doté d'une fortune considérable" il géra ses domaines et apporta des modifications et des améliorations dans les modes de culture..

Les Archives de la Chambre des députés des départements conservent le certificat de naissance et de baptême que Pierre Bressand dut fournir au moment de devenir membre de ce cénacle. Il était le fils de Nicolas Bressand, originaire de Besançon, avocat au Parlement, "bourgeois, demeurant à Raze" ; la particule " de Raze" ajoutée à son nom ne relèverait pas d'un titre de noblesse mais plutôt d'une marque d'élévation sociale.

Les noms de familles les plus portés à Raze étaient Langrognet et Tripier.

 

Extrait de la biographie des membres de la Chambre des députés de 1824 à 1830.

On remarquera que l'on incite vivement le Président du Conseil Général à "faire ses preuves" en 1826, comme il le fit en 1814 auprès de Monsieur*, revenant en France en passant par Vesoul...

*MONSIEUR : LE FRÈRE DE LOUIS XVI

Louis Stanislas Xavier naît à Versailles, au beau milieu du règne de Louis XV, son grand-père. Troisième fils du Dauphin Louis et de Marie-Josèphe de Saxe, il reçoit d'abord le titre de comte de Provence. En 1771, il épouse la princesse Louise de Savoie, fille du roi de Sardaigne, dont il n'a pas d'enfants. Quand, en 1774, son frère, le duc de Berry, monte sur le trône sous le nom de Louis XVI il est appelé Monsieur et devient le deuxième personnage du royaume. Cherchant à soigner sa popularité, il joue au prince éclairé, à l'homme d'esprit voltairien et libertin.. Il deviendra Louis XVIII.

 

Le baron d'ANDLAW à peine entré en fonction, Vesoul hérita d'un hôte encombrant, le frère puîné* de feu LOUIS XVI et du comte de PROVENCE (futur LOUIS XVIII), en l'occurrence le comte d'ARTOIS (futur CHARLES X). Venant d'Angleterre, celui-ci avait décidé de se rendre en France où il pénètre avec l'arrière garde de l'armée autrichienne. De Bâle, sachant que nombre de nobles de la région étaient partisans des Bourbons, il gagne la Franche Comté et Pontarlier, et arrive le 21 février 1814 à Vesoul, plus toléré qu'accepté tant par le Gouverneur-général que par le Général autrichien HIRCH, commandant militaire de la place, qui lui retirent ses passeports et lui interdisent de quitter la Ville. Il s'installa à l'Hôtel de la Magdeleine, à l'entrée du "Faubourg Bas" (actuelle rue Paul Morel). De Vesoul, signant du titre de Monsieur, Lieutenant général du Royaume, il rédigera et enverra à Paris une proclamation annonciatrice du retour du roi. S'il est attendu ou/et accueilli ou/et salué par divers membres de la noblesse locale, notamment MM. de GRAMMONT, de GRANDVELLE, de MAGNONCOURT, de MONCIEL… et aussi de SCEY, le comte d'ARTOIS reçut de la population vésulienne, selon les mémorialistes, une réception plurielle allant "de l'hostilité et des insultes isolées" à "froid et réservé, le petit peuple lâchant des sarcasmes contre cette minorité" jusqu'à "très favorable, avec enthousiasme et une vive curiosité" et "acclamé de tous côtés". Il faussera compagnie à Vesoul vingt-trois jours après son arrivée. Durant son séjour le Gouverneur-général se montra tolérant à l'égard des manifestations en faveur de la royauté.
{Dix ans plus tard, en 1824, Son Altesse Royale CHARLES X (anciennement comte d'ARTOIS et ayant succédé à son frère LOUIS XVIII) - en souvenir des sentiments à la cause royale que ses partisans firent éclater en sa présence en 1814 - élèvera Vesoul, malgré la faiblesse de sa population, au rang des Bonnes villes du Royaume ayant le droit d'envoyer leur Maire à la cérémonie du sacre le 29 mai 1825 à la cathédrale de Reims.}
* Qui est né après un frère ou une sœur.
 

Extrait de "Vesoul, capitale d'Etat" de Bernard Belin.

 

Le nom du Maire, Bressand, figure au fronton de la Maison Commune.

L'Eglise

Le lieu de culte qui se dresse un peu à l'ouest du village n'est pas le premier qui ait été construit. L'église la plus ancienne, désaffectée, date de 1683 alors que la nouvelle remonte au XVIII eme siècle. Elle est dédiée à SaInt Christophe. Elle était entourée par l'ancien cimetière aujourd'hui déplacé au nord est du village.

L'actuelle rue Basse portait le nom de "rue de la vieille Eglise". Cadastre napoléonien.AD70:

En bleu: l'église et le presbytère.

 

 

 

L'église vue de la rue de la Riotte.

 

 

La rue de la Riotte est sinueuse et étroite. Le terme "riotte" signifie "querelle". On peut imaginer que des invectives aient pu opposer certains habitants à des agriculteurs qui auraient encombré le passage avec leurs charrettes et rendu ainsi la circulation difficile... !

La croix

Située au milieu du carrefour, la croix en métal érigée en  1840  présente les symboles de la mise en croix du Christ.

 

L'échelle, les tenailles, le marteau , les clous, la perche sur laquelle une éponge avait été placée pour humidifier les lèvres du supplicié avec du vinaigre sont au nombre des instruments de la Passion. C'est une oeuvre de fonderie haut saônoise.

Raze c'est aussi le pays de l'eau:

 

Les fontaines et lavoirs sont nombreux dans le village même. Sur le territoire communal aux Fermes de Vallerois on ne comptait pas moins de 6 "fontaines comme le montre le cadastre de 1878:

 

L'abondance de l'eau permettait d'alimenter fontaines, abreuvoirs ,puits et moulins.

 

La grande fontaine

Le plan des rues  de 1848 montre l'existence d'un petit étang qui sortait de la fontaine avant d'être canalisé vers le ruisseau du moulin. Il porte le nom d'abreuvoir. C'est là où les bêtes venaient étancher leur soif et les canards trouvaient l'élément liquide propice à leurs ébats. La place du chêne était ainsi nommée car le chêne de la liberté y avait été planté à la Révolution.

Le lavoir fait face à la place du chêne. Le pigeonnier reconverti en bibliothèque faisait partie du château de Claude François Roux de Raze. Il fut habité.

 

 

L'ancien moulin et la cour de la ferme du moulin.

 

 Le ruisseau en amont du moulin. Le déversoir permettait de réguler le débit de l'eau  qu'une vanne conduisait au canal d'amener de la roue à aubes.

Un pont sur le ruisseau en aval du moulin.

Lieu dit "les lavoirs". Le cadastre fait apparaître un rectangle d'eau: c'était un patouillet, là où l'on venait laver le minerai de fer qui se présentait souvent sous forme de billes  prises dans une gangue de glaise. A la main, avec de grands râteaux ou  en utilisant des machines mues par la force hydraulique, on remuait le minerai pour séparer la terre du métal. L'eau boueuse était ensuite rejetée dans le ruisseau ce qui ne manquait pas de générer des plaints chez certains riverains!

Au hasard des rues:

 

Porte ancienne en deux parties avec au dessus le symbole du soleil et en dessous des chevrons. La fenêtre a été agrandie, mais l'évacuation de la pierre d'évier est toujours en place, même si des tuyaux d'écoulement en plastique viennent en altérer le charme. La plaque "Licence IV" encore fixée à la façade indique qu'ici se tenait un débit de boissons...

Chapelle dédiée à Marie datant de 1866. Elle est photographiée ici en 1967 après une première rénovation. Elle est actuellement en travaux. Route de Velle le Châtel.

 

Intérieur de la chapelle.

Photo ancienne de l'autre chapelle à l'entrée du village, côté Noidans le Ferroux, cette fois. Deux bancs de pierre situés de chaque côté de l'entrée permettent le repos du passant. Elle a été restaurée récemment.

Le chemin de fer;

Le plan d'assemblage du cadastre de 1879 fait apparaître la ligne de chemin de fer Gray-Nancy.

L'ancienne gare transformée en maison d'habitation a gardé sa signalétique sur plaque émaillée et, modernité oblige voisine avec les poubelles du tri!

Vision plus bucolique de la rue de la gare devenue une impasse.

Route de Rosey.La très belle arche de la voie de chemin de fer envahie par la végétation sert de cadre à une  perspective cavalière sur le village et son église...

Raze en cartes postales anciennes :

En 1900, comme on le voit sur la carte postale, des fenêtres avaient été percées dans le mur du pigeonnier et une cheminée érigée.

 

La famille Renaud pose pour le photographe avec ses employés, le cheval et la carriole. On a prévu un siège pour l'aïeule!

 

 

 

 

 

 

Le peintre Dagnan -Bouveret a séjourné à Raze.

Elève de Gérôme, ami du peintre Muenier, Dagnan Bouveret a vécu au château(?) de Raze de 1890 à 1896 où il avait posé son atelier après être passé par Ormoy. Il terminera sa vie dans une maison acquise à Quincey.

 

Dagnan-Bouveret 1852-1929

Dans la forêt. Musée de Nancy.

 

Le Christ. 1897

Pour celles et ceux qui souhaiteraient approfondir la connaissance du village je signale un ouvrage et un texte:

En 2019, Odile Langrognet a rédigé un livre consacré à son village et édité par la SALSA de Vesoul:

"Raze, des siècles de vie au village".

 

 

Sur le site officiel internet de la commune de Raze figure un texte rédigé par Jean Noël Valot, consacré à l'histoire du village. ( extrait ci-dessus).

Merci pour votre attention et votre intérêt!

 

Patrick Mathie Juillet 2021

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